La femme forte de la Matawinie

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Ernestine Valade est née au début du 20e siècle dans une famille nombreuse qui habitait une île du lac Clair.

Son père était prospecteur et trafiquant de fourrures. À quatorze ans, ayant passé beaucoup plus de temps à courir le bois qu'à étudier à l'école, Ernestine tua à la carabine les loups dangereux. Sa force peu coutumière - elle soulevait facilement une enclume - devint rapidement renommée. Elle guide les touristes étrangers pendant de nombreuses années dans la région: elle possédait sa propre ligne de trappe. De plus, Ernestine ramenait de ses périples en canot, des dizaines de truites avec lesquelles elle faisait de gigantesques gibelottes. Elle invitait alors tout Saint-Zénon dans sa maison du rang Sainte-Louise. Elle est morte à la fin des années 1960 et son souvenir est devenu légende. Elle est décrite, encore adolescente, par Adolphe Nantel, dans son roman sur la vie des chantiers du lac Clair À la hache dont dont voici un extrait:

 

"Ce chasseur vaut aujourd'hui 50,000 piastres, ayant gagné ça à chasser avec sa fille Ernestine et son gars Osias…

· Et sa fille?

- Patience… patience… j'y arrive. C'est un enfant ben intelligente… À tient d'sa mère. Elle pèse 140 livres et mesure 5 pieds 5 pouces de haut… Depuis l'âge de dix ans, elle accompagne son père à la chasse… À quatorze ans, a portageait son canot toute seule, avec son paqueton de 100 livres sur les épaules, comme y a pas un homme des bois. Pas plus tard que l'hiver dernier, a r'venait seule à la brunante, après avoir visité des pièges à renard. À deux milles du lac des Sables, endroit où la famille Valade monte à chaque automne, v'là t'y pas qu'elle arrive face à face avec sept loups… Qu'est-ce qu'a fait? … Elle met un genou en terrre, dans la neige, pis elle épaule sa Winchester et pis… pan… pan… pan… pan… Une minute, tout au plus, et les sept loups étaient raides morts… Voyez-vous d'icitte les pimbêches de la cité, avec leurs colifichets d'satin et leurs museaux fardés, en face de sept loups?

Deux de ses meilleurs chiens la suivaient. Tout d'un coup une mère d'ours et ses deux petits sautent dans la route… Les chiens se mettent à gronder… Les oursons, gros comme des chats sauvages, grimpent dans un merisier… Ernestine commande à ses chiens de garder la mère… Des calabres de chiens, 120 livres chaque… Mussieu, vrai com'j'vous parle, y font reculer la mère ours dans un bouquet d'aulnes, y la tiennent en respect… Et sa fille monte dans l'arbre, arrache sa chemise d'étoffe, s'fait un sac avec, s'empare des p'tits et les amène chez eux. Son père, vu qu'Médéric Martin est un bon rouge, a envoyé les boules de poils au parc Lafontaine. Y font rire les enfants, en s'promenant dans les gondoles.

…À tortille les pli de sa culotte, car a s'habille en homme, ben entendu, pour chasser et voyager. Elle est bonne fille, allez. À n'a été parmi le monde qu'une fois, à dix ans, pour aller faire sa première communion, à Saint-Michel. C'est sa bonne mère qui lui a montré à écrire, lire et calculer.